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PRÉVENIR ET SOIGNER L’HYPERTENSION ARTÉRIELLE : Le Dr Mbacké Sarr donne des pistes

Cardiologue à la clinique cardiologique de l’hôpital de Fann, El Hadj Mbacké Sarr nous a reçu pour parler du « silent killer », surnom collé à l’hypertension artérielle qui accable le quotidien de 25 à 30% des sénégalais tortillés par le stress qui est le facteur prédominant du fléau insidieux. Pour faire face à l’ennemi caché que l’on découvre lors de complications irréversibles, le Dr Sarr préconise de beaucoup bouger, de manger moins gras, moins salé et de se départir du stress ambiant.

Malgré toutes les campagnes de prévention, l’hypertension artérielle reste une maladie terriblement handicapante et mortelle, pouvez vous nous en parler ?

L’hypertension artérielle (HTA) fait partie des principales maladies cardiovasculaires qui constituent un fléau. Il faut juste commencer par définir ce qu’est l’hypertension artérielle. Pour que le sang arrive au niveau des organes, en quittant le cœur, il doit être régi par un régime, c’est ce qu’on appelle la pression artérielle. Si on a une élévation des chiffres, c’est en ce moment qu’on parle d’hypertension artérielle. A l’heure actuelle, le taux de prévalence, d’après une étude menée aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural, montre que le taux de prévalence est de 25 à 30 %. Le malheur est que beaucoup de ces gens ignorent qu’ils le sont, d’où l’intérêt de faire une prévention en amont, et là, il est important de connaître les manifestations de l’hypertension artérielle qu’on appelle les signes de Dieulafoy. Elle se manifeste par des maux de tête qui sont très souvent rebelles aux traitements antalgiques habituels tels que l’aspirine et le paracétamol, s’accompagnant de vertiges, de bourdonnements d’oreilles, de flous visuels ou bien de sensations de mouches volantes.
C’est pourquoi les anglais l’appellent « The silent killer », le tueur de l’ombre. Cela veut dire que l’ennemi caché que l’on découvre lors de ces complications est le plus souvent irréversible. C’est pourquoi, il faut avoir peur de l’HTA, car elle retentit sur les organes nobles, et le retentissement sur le cœur peut entraîner l’insuffisance cardiaque ou ce qu’on appelle l’infarctus du myocarde ou encore dans le langage radiophonique, la crise cardiaque.
Quand l’HTA atteint les vaisseaux périphériques, elle peut mener à une amputation. Au niveau du cerveau, elle peut provoquer des accidents vasculaires cérébraux (AVC), la cécité au niveau des yeux et l’insuffisance rénale au niveau des reins.

Quels sont les causes exactes et les points de propagation sur le corps humain ?

Les causes sont diverses et nombreuses. On peut citer le tabagisme, l’excès de consommation de sel ; mais à l’heure actuelle, le facteur qui prédomine est surtout le stress. C’est ce qu’on appelle l’HTA adrénergique. N’oublions pas qu’il y a une relation linéaire entre les fréquences cardiaques, et l’élévation des chiffres tensionnels. De ce fait, quand on est stressé, on va stimuler ce qu’on appelle le système adrénergique et la réaction du système adrénergique est une accélération de la fréquence cardiaque qui induit une élévation de la tension artérielle. D’autres facteurs peuvent être cités comme l’âge, surtout chez la femme. Avant la ménopause, les femmes sont plus protégées que les hommes, car elles sécrètent au niveau de leurs ovaires, ce qu’on appelle des œstrogènes. Mais à partir de la ménopause, les femmes sont plus exposées du fait du défaut de sécrétion des œstrogènes qui assouplissent les artères.

Quand on parle d’hypertension, on pense au cœur et au cerveau, pouvez-vous nous délimiter les incidences de cette maladie sur ces organes ?

C’est vrai que quand on parle d’hypertension, on pense surtout au cœur et au cerveau. Je vais commencer par le cœur. Au niveau du cœur, cet excès de pression va entraîner ce qu’on appelle l’athérosclérose. Le cœur est un organe qui est censé apporter du sang oxygéné au niveau des autres organes. Mais ce cœur en tant que tel, doit aussi recevoir du sang par l’intermédiaire des artères coronaires. Ce sont les artères qui sont censées irriguer le cœur. Et quand on est hypertendu, on subit le phénomène d’athérosclérose, c’est à dire que les artères qui étaient souples vont devenir rigides. Ainsi, la diminution du calibre de ces artères va entrainer un défaut de perfusion. A la longue, le sujet hypertendu va s’exposer à ce qu’on appelle les cardiopathies ischémiques, qui sont des manifestations cardiaques secondaires à une atteinte des artères coronaires censées irriguer le cœur. La deuxième manifestation c’est ce qu’on appelle l’hypertrophie ventriculaire gauche. Quand le cœur est soumis à un régime de haute pression comme l’hypertension, cela va entraîner une augmentation de l’épaisseur des parois du cœur, qu’on appelle hypertrophie ventriculaire gauche. En s’hypertrophiant à la longue, le cœur va devenir défaillant, c’est la survenue de ce qu’on appelle l’insuffisance cardiaque. C’est le sujet qui au moindre effort est essoufflé et, est obligé de se reposer avant de repartir. Donc, les deux complications majeures de l’HTA sur le cœur sont les cardiopathies ischémiques, dont la plus connue est l’infarctus du myocarde et à côté nous avons l’insuffisance cardiaque. C’est un cœur qui est défaillant, ce qui empêche au sujet atteint, de fournir des efforts considérables, et est essoufflé au moindre effort.

Qu’en est-il du retentissement au niveau du cerveau ?

Ce retentissement principal observé est l’accident vasculaire cérébral (AVC), et là, il faut distinguer deux types d’AVC. On a l’AVC de type ischémique qui est secondaire à un phénomène d’athérosclérose au niveau des artères qui sont censées irriguer le cerveau, c’est comme s’il y avait une obstruction qui empêche l’arrivée du sang au niveau du cerveau. La deuxième complication qui est la plus redoutable en cas d’HTA sur le cerveau, est l’AVC hémorragique. Qu’est ce qui se passe? Il y a un excès de pression au niveau du cerveau et à la longue, ces artères ne peuvent plus contenir cet excès de pression, donc ils vont finir par éclater. Il y a une inondation de sang au niveau du cerveau, c’est ce qu’on appelle les AVC hémorragiques. L’un comme l’autre ou les deux se manifestent sous la forme de paralysie de l’hémicorps, c’est ce qu’on appelle les paralysies secondaires à l’AVC.

L’hypertension peut-elle être prévenue et guérie ?

L’hypertension peut être prévenue et guérie. Tous ces facteurs qui ont été énumérés peuvent être responsables et peuvent être éradiqués. Il faut que les gens soient moins stressés, qu’ils mangent moins gras, moins salé et surtout essaient de beaucoup bouger, et de fournir plus d’efforts. Chez les sujets âgés, cette HTA découle le plus souvent d’un phénomène naturel qui est secondaire au vieillissement des artères qu’on appelle athérosclérose.
On invite les sujets plus âgés à faire du sport, ne serait-ce que la marche. Chez la bonne femme sénégalaise, le plus souvent obèse, en embonpoint, ce qu’il faut contourner en premier, c’est le poids, en essayant de manger moins gras, moins sucré, moins salé, et ne serait-ce que pour le sport, si on peut, faire la marche de 30 à 45 mn par jour. D’après les recommandations de l’Oms, les moindres mouvements peuvent nous permettre de prévenir et de guérir l’HTA.

Souvent la prise de médicaments anti hypertenseur est corrélée à un mauvais taux, peut-on continuer à les prendre si la prise de tension est bonne ?

Bon nombre de nos patients sont un peu réfractaires à la prise de médicaments contre l’HTA, et quand on commence à utiliser ces médicaments, c’est le plus souvent à vie. Mais j’ai l’habitude de leur dire que je préfère prendre un comprimé pour me protéger des complications, le plus souvent néfastes comme l’AVC, l’infarctus du myocarde, l’insuffisance rénale que de m’exposer à ces complications.
Donc il faut dire qu’il y a certains types d’HTA qui ne nécessitent pas un traitement. Le plus souvent, il suffit de faire un régime hygiéno-diététique, en diminuant la consommation de sel du soir pour équilibrer ces HTA qui sont le plus souvent légères. Quand l’HTA devient moindre ou bien sévère, en ce moment, la prise des médicaments est indispensable. Car, parmi ces médicaments, il y a des médicaments organo-protecteurs. Cela veut dire que ce sont des médicaments qui ont un double rôle, non seulement de réguler les chiffres tensionnels pour les normaliser, mais également de protéger le cœur contre l’infarctus du myocarde, de protéger le rein contre l’insuffisance rénale et de protéger le cerveau contre l’AVC.

Quelle est la tension normale pour un adulte et pour un homme âgé de plus de 80 ans?

Pour un homme âgé, le plus souvent, si on se réfère aux normes de l’Oms, une tension artérielle se définit par deux chiffres, le plus grand ne doit pas dépasser 140 et le plus petit 90. Cela veut dire qu’un sujet âgé de 45 ans et qui vient avec une tension artérielle de 130/80 a une tension normale, un sujet de 50 ans qui vient avec une tension de 160/110, est hypertendu.
Donc chez le sujet âgé, aux alentours de 80 ans, il faut revoir ces chiffres à la baisse, cela veut dire que la norme supérieure c’est à dire, la chiffe supérieure ne doit pas dépasser 135 mm de mercure et le chiffe inférieur qu’on appelle la diastole ne doit pas dépasser 85 mm de mercure.

Avec Médical Actu

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