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IL Y A 136 ANS DISPARAISSAIT LAT DIOR

(APS) – Il y a cent trente-six ans, disparaissait Lat Dior Ngoné Latyr Diop, le dernier Damel (roi) du Cayor, figure emblématique de la résistance sénégalaise à la conquête coloniale française.

Fils de Sahhewer Sokhna Diop et de la Linguère (princesse) Ngoné Latyr Fall, Lat Dior Ngoné Latyr Diop, natif de Keur Amadou Yalla, une province du Cayor, en 1842.était un souverain Tièddo (animiste) converti à l’Islam  Il est l’une des grandes figures de la résistance à la pénétration coloniale française, au même titre qu’El Hadji Oumar Tall, Samory Touré, Mamadou Lamine Dramé ou Alboury Ndiaye.

À l’origine tributaire du royaume de Diolof, le Cayor connut son premier monarque, Diéthé Fou Ndiogou Fall, en 1549. Ce premier damel (roi) sera suivi de trente autres, tous issus du cénacle des sept familles nobles à succession matrilinéaire du royaume. A la mort de son frère aîné qui devait selon la coutume succéder au roi en place, Lat Dior fut intronisé damel en 1862, alors qu’il n’avait que 20 ans. En fin stratège, il initia aussitôt nombres d’alliances et mésalliances avec ses voisins qui lui valurent moult inimitiés.

Ainsi, après plusieurs affrontements sanglants avec les troupes de Louis Léon César Faihderbe et de Pinet-Laprade, tous deux gouverneurs français du Sénégal, mais aussi quelques alliances ponctuelles, Lat Dior Ngoné Latyr Diop, mène un dernier combat avec les colons à Déxélé, où il meurt le 26 octobre 1886 avec deux de ses fils et bon nombre de ses partisans, à l’âge de quarante-deux ans.

’’C’était un mercredi. Ce jour-là Lat Dior était de passage à Thilmakha, une commune située dans l’arrondissement de Niakhène (Thiès), avec ses hommes. Quand il a été mis au courant de la présence des troupes françaises qui étaient à sa recherche, à quelques kilomètres à Déxelé, il a pris la décision de lancer l’assaut en premier’’, avait expliqué à l’APS Djiby Bâ, l’homme qui a découvert la tombe de Lat Dior en 1986, également gardien du mussée dédié au héros national à Déxelé.

Selon lui, ’’Lat Dior aurait attaqué par surprise les colons, au moment où ils étaient au repos avec leurs chevaux autour du puits de Déxelé. ’’Ce fut une lutte âpre et sanglante ayant occasionné la mort de plusieurs éléments de l’armée coloniale’’’, a indiqué le vieil homme, qui précise que ’’c’est en tentant de pourchasser ces derniers que Lat Dior a été atteint mortellement à son retour par une balle tirée par un soldat ennemi, en embuscade aux alentours du puits’’.

A l’en croire, ‘’le corps de Lat Dior aurait été caché dans la foulée par un de ses frères du nom de Mor Mor Dièye, avant de l’enterrer dans un endroit tenu secret pour éviter à ce que les colons ne viennent le récupérer en guise de trophée’’. ’’C’est soixante-dix ans plus tard, que j’ai moi-même découvert la Tombe de Lat Dior’’, a ainsi affirmé Djiby Bâ, le fondateur de ’’ Déxelé Peulh’’, un quartier excentré du village éponyme, aujourd’hui âgé de quatre-vingt-onze ans. Pour cet originaire de Keury Mbakol, un village situé dans la commune de Darou Marnane, son histoire avec Lat Dior est le fruit uniquement de sa curiosité intellectuelle.

’’Lorsque je me suis installé ici avec mon frère, j’ai remarqué que beaucoup de gens venaient très souvent demander après la tombe de Lat Dior en vain. Alors quand j’ai fait mes investigations, on m’a fait savoir que Modou Coumba Laobé le fils ainé de l’homme qui avait enterré Lat Dior habitait encore le village’’, a fait savoir Diby Bâ. Il dit par la suite s’être rendu au domicile de ce dernier qui après un long tête-à-tête, a de bonne foi, décidé de lui montrer l’endroit où son père avait enterré l’ancien Damal du Cayor.

’’Donc je l’ai transporté sur une charrette car il était très vieux et ne tenait plus sur ses deux jambes. Sur place, il m’a montré un arbre appelé Nguiguiss à côté duquel était enterré Lat Dior, sans pour autant être en mesure de désigner l’emplacement exact’’, ajoute t-il. Mais ’’il a indiqué que l’un des fils de Lat Dior du nom de Saër Diop, avait à l’époque enfoui sur place, une tuile spéciale de douze trous qu’il avait ramenée de Thimakaha, en guise de Stèle, avant de me demander de prendre soin de l’endroit et le montrer aux visiteurs’’.

’’Un jour, poursuit-il, j’ai accompagné un enseignant venu de Saint-Louis pour la première fois visiter la tombe de Lat Diop. Vu qu’il y’avait beaucoup d’herbes sur place, j’ai pris mon outil agricole pour dégarnir l’espace quand soudain, il s’est cogné à un objet dur qui n’était rien d’autre que la fameuse tuile de Saër Diop’’.

C’est ainsi que la nouvelle a fait le tour du pays jusqu’à ce que les autorités décident d’ériger sur place, un monument inauguré le 27 octobre 1986 par le président de la République d’alors, Abdou Diouf, accompagné par le ministre de la Culture, Makhily Gassama, lors d’une grande cérémonie marquant le centenaire de la disparition de Lat Dior.

 

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