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Onze après son dernier ‘’Gamou’’, Al Makhtoum toujours actuel

Le Gamou 2011 a été le dernier célébré par le regretté fondateur du dahira des ‘’Moustarchidines’’. Pour son dernier Mawlid surtout, Al Mahtou a été impérial !

Au QG des «Moustarchidines», même le vent glacial de cette nuit du mardi 15 au mercredi 16 février 2011 semblait accélérer son ardeur pour, religieusement, vivre la prestation de Serigne Cheikh. Dans ce vaste périmètre du champ de courses de Tivaouane où plusieurs milliers de fidèles s’étaient donné rendez-vous, pour les besoins du Mawli, le moindre espace se disputait au fur et à mesure que les minutes s’égrenaient, rapprochant ainsi l’arrivée du «Maître». Comme si les fidèles avaient senti qu’il s’agissait de la dernière prestation de Serigne Cheikh, le plus petit centimètre qui rapprochait de l’estrade valait une fortune. Et, à minuit déjà, il n’était plus possible de s’approcher de l’immense tente érigée pour la circonstance. Ceux qui ont «osé» accuser un retard avaient tort et ne pouvaient apercevoir le Cheikh qu’à travers les nombreux écrans géants disséminés un peu partout à «Course-ba» (champ des courses). Dix minutes après 01 heure du matin, Serigne Cheikh Ahmet Tidiane Sy franchissait la tente, la tête couverte du capuchon d’un Djellaba couleur miel neuf. Aux côtés de ses fils Moustapha et Pape Malick, et d’autres dignitaires du mouvement «Moustarchidine», il fut accueilli par une foule en liesse. Après quelques minutes protocolaires, le « Salam aleykum » (que la paix soit sur vous) du Cheikh vibre à 01 heures 30 minutes. Un salut accueilli par un standing ovation. Le « Maître » pouvait alors entrer dans le vif du sujet. Mais, point de thème particulier établi d’avance ! Ce serait comme une vaine tentative de circonscrire  l’intervention de cet orateur hors pair qui maîtrisait  autant son sujet que son auditoire.

Du spirituel au temporel

Les premiers mots du Cheikh – qui, onze ans après, sonnent toujours dans l’actualité –étaient consacrés à un retour aux sources du spirituel. Le conférencier rendait grâce au Seigneur des Mondes et saluait l’action des érudits qui, au Sénégal, ont labouré ce vaste champ du savoir religieux, gage de stabilité dans le monde moderne. La relation était vite établie : « il faut se saisir de la science spirituelle pour mieux maîtriser le savoir temporel qui va avec», enseignait Serigne Cheikh Ahmet Tidiane Sy. Et, pour une bonne maîtrise des deux sciences, il rappelait le « sens de l’orientation », un des nombreux enseignements des grands érudits de l’Islam au Sénégal. Mais, rien mieux qu’une fervente «volonté» n’aide à cultiver cette orientation dans un monde de plus en plus délaissé par le Savoir. Alors, suggérait Al Makhtoum : « Il faut orienter les jeunes qui, à leur tour, doivent maîtriser leurs actes et leurs paroles ». Néanmoins, à elles seules, ces deux vertus fondamentales n’expliquaient pas le profond attachement du guide spirituel des ‘’Moustarchidines’’ au legs des ancêtres. D’une logique concertée, le guide revisitait leurs enseignements, dont l’exemple est tiré de la tradition prophétique. En somme, «les anciens ont rempli leur mission, la jeunesse devra songer à assurer la relève», disait-il.

Haro sur la floraison des partis politiques

Le phénomène n’a pas régressé. Plus d’une décennie après, cet avertissement du défunt khalife général des Tidianes est plus qu’actuel. En 2011, comme à l’occasion de chacune de ses rares sorties, Serigne Cheikh avait fait parler sa dimension politique. Avec une parfaite maîtrise du sujet, il avait convoqué l’histoire politique sénégalaise avant d’appeler les leaders de la scène à plus de…réalisme. Ainsi, face à la prolifération des formations politiques il avertissait : « (A ce rythme) le nombre de partis politiques risque de dépasser celui des électeurs ». De la même manière, il s’était arrêté sur le nombre impressionnant de marabouts, de ceux qui s’autoproclament « marabouts » au Sénégal. A ce propos, Serigne Cheikh alertait : « si on y prend garde, le nombre de marabouts risque de dépasser celui des disciples ». Car, ajoutait-il, « chaque jour on voit quelqu’un avec son « Kaala » qui se proclame marabout ».

«Assez de folklore autour du processus de paix en Casamance !»

Serigne Cheikh avait également abordé la question de la crise casamançaise. Priant pour le retour de la paix dans la partie sud du pays, il n’avait pas manqué d’interpeller les politiques. Convoquant l’histoire, Serigne Cheikh avait rappelé que « les religieux ont déjà joué leur partition dans ce conflit ». Aujourd’hui, « il appartient aux politiques d’apporter leur pierre à l’édifice de la paix », expliquait-il. « Pour un retour définitif de la paix dans la zone, les politiques doivent dénicher ceux qui tirent les ficelles à partir de l’étranger tout en associant les pays limitrophes dans le processus », suggérait encore Al Makhtoum. C’est que pour le guide des «Moustarchidines», l’importance de cette région du Sénégal est telle que, sa préservation est une priorité absolue. Et Serigne Cheikh plaida la cessation du «folklore» qui entoure le processus. Dans un autre registre, il était encore revenu sur la présence de « forces occultes » qui disait-il, « veulent sombrer » le Sénégal. « Comme ils l’ont réalisé dans d’autres pays comme l’ancien Zaïre, ces forces occultes convoitent le Sénégal dont ils veulent mener à la dérive », avertissait-il. Mais, comme pour atténuer la peur que de telles forces peuvent susciter le Cheikh rassurait : « Nous leurs opposons une farouche résistance afin que leurs actions soient nanifiées ». Toutefois, pour plus de force, le guide des « Moustarchidines » conseille « un retour aux recommandations divines, à la tradition prophétiques et aux enseignements des saints et dignes fils du Sénégal». Le « thème » venait d’être ainsi parcouru, il faisait 05 heures 15 minutes. Les rideaux venaient ainsi de tomber sur la 13e édition du Mawlid des « Moustarchidines », le dernier animé par Serigne Cheikh Ahmet Tidiane Sy.

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