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Pape Diop, prétendant au Perchoir : Calme comme une mer d’huile ! 

Septembre 2007. La scène se déroule chez Macky Sall qui venait de perdre sa mère. Le président Abdoulaye Wade, présentait publiquement ses condoléances à son ex-Premier ministre, fraîchement promu président de l’Assemblée nationale. Présent à cette cérémonie parmi un parterre de personnalités du pouvoir et de l’opposition, Pape Diop eut droit à un singulier témoignage du secrétaire général national du Parti démocratique sénégalais (Pds). « Quant à Pape Diop, il n’a aucune ambition ; si j’arrête la politique, il arrête avec moi », prédisait Me Abdoulaye Wade, évoquant les qualités intrinsèques de chacun de ses plus proches lieutenants.

Quelques semaines plus tard, le 3 octobre de la même année, le très fidèle Pape Diop devient « subitement » le dauphin constitutionnel du président de la République. Un statut privilégié que lui a conféré la présidence du Sénat, chambre haute du Parlement Sénégalais, que le président Wade venait de ressusciter. Mais «  peu doué pour la politique », selon son propre propos, cet homme d’affaires, trésorier national qui portait la moitié du Pds dans les années 80-90 rassurait déjà les potentiels candidats à la succession de Gorgui. Il n’en manquait pas au Pds où pourtant, le poids électoral de ce « wadiste », était bien connu. A preuve, au lendemain de l’alternance, Pape Diop fut le tombeur historique de « l’immortel » Maire de Dakar, le socialiste feu Mamadou Diop.

Légitime homme fort de la capitale sénégalaise, il monte en puissance jusqu’au…Perchoir. Élu président de l’Assemblée nationale en 2002, Pape Diop y réussit une prestation sans bavure avant d’être promu « sénateur en chef ». Fulgurante ascension ! Pourtant, sa plus grande ambition politique était d’accompagner Abdoulaye Wade, le « Maître » qui a réussi à sortir cet ancien comptable de la British Petroleum (Bp) de sa zone de confort dans le milieu des affaires. Pape Diop donc, n’avait aucun destin présidentiel, comme le savait et le disait souvent Abdoulaye Wade lui-même.

Mais, en politique, comme dans toute compétition, la victoire n’a pas de mémoire. En 2009, au cœur du régime libéral naquit un célèbre « Mouvement », régenté par des jeunes autour du fils du président de la République, Karim Meïssa Wade. Théorisée en 2007, au lendemain de la réélection du président Abdoulaye Wade, la fameuse « GC » (génération du concret) prend d’inquiétantes proportions et entrave la cohésion chez les libéraux. Ce courant au sein du Pds contrôle les poids du parti et…les mesures du Pouvoir. Karim Wade est adulé, craint, « sacralisé » et présenté comme le successeur naturel de son père. Pour ce faire, il devait passer par le raccourci de la Mairie de Dakar, tremplin stratégique, menant au Palais qui semblait lui être « prédestiné ». Ainsi, petit à petit, le Pds qui combattait Pape Diop, son leader naturel à Dakar, préparait sans le savoir, son propre linceul.

Premier acte : Lors des élections locales de 2009, l’opposition saute sur cette belle occasion offerte par la participation active de Karim Wade aux joutes électorales pour faire de la lutte contre la « dévolution dynastique » du pouvoir son principal thème de campagne. Pape Diop – combattu et affaibli par ses propres ‘’frères’’, Wade en tête – perd la capitale au soir du 22 mars 2009. Abdoulaye Wade venait ainsi de perdre la moitié du pouvoir. Présenté à tort comme le principal artisan de la débâcle libérale, Pape Diop stoïque et étouffé par une légendaire loyauté, reste malgré tout aux côtés de Gorgui pendant que les autres responsables libéraux sentant, le vent tourner, tissaient leur toile soit du côté de Macky Sall, soit chez Idrissa Seck.

Trois ans après ce douloureux revers, Wade mord à nouveau la poussière. A l’issue d’une élection présidentielle âprement disputée, Macky Sall passe au second tour devant son ancien mentor. Le Pape du Sopi bascule de nouveau dans l’opposition et « règle » de faux comptes avec des « traîtres » imaginaires de son déchu régime. Pape Diop se sent de plus en plus isolé et, décide finalement de rompre les amarres avec la « seule constante du Pds ». Le 22 novembre 2012, une réunion du collège des membres fondateurs se transforme rapidement en Congrès : Pape Diop est acclamé président de la Convergence démocratique Bokk Gis Gis. Il déjoue ainsi tous les pronostics et annonce la couleur le même jour.

Celui qui devait arrêter de faire de la politique s’engage finalement à livrer une bataille pour le moins herculéenne : opérer un grand changement dans la manière de faire de la politique. Surpris, Wade le compte désormais parmi ses adversaires pour ne pas dire ses « pires » ennemis. Douloureux épisode vécu dans la dignité par l’actuelle tête de liste nationale de la coalition « Convergence Bokk Gis Gis – Ligeey » qui se donne pour nouvelle ambition de réformer l’Assemblée Nationale. En attendant, Pape Diop, 68 ans, a bien joué son rôle de ‘’sage’’ de ces élections Législatives, en menant une campagne apaisée, calme comme une mer d’huile.

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