POLITIQUE
A la Une

Le bâtonnier de l’Ordre des avocats interpelle la conscience des magistrats

Comme le veut la tradition, le bâtonnier de l’ordre des avocats a prononcé un discours devant le chef de l’Etat président du Conseil supérieur de la magistrature lors de la cérémonie de rentrée solennelle des Cours et tribunaux. Dans son discours, Me Mamadou Seck a notamment invité les magistrats à se rappeler de la dimension personnelle de leur indépendance.

« Chers Magistrats, l’indépendance qui vous est offerte par vos statuts, et dont vous pouvez disposer à souhait, a comme contrepartie de puissantes sujétions exigeant l’exercice compétent et impartial de vos fonctions et conséquemment, vous ne pouvez pas vous soumettre à des obligations ou contraintes de nature à restreindre votre liberté de réflexion ou d’action. Vous ne pouvez pas porter atteinte à votre indépendance. Dans l’exercice professionnel d’un magistrat, qu’il soit du siège comme du parquet, l’indépendance a une dimension personnelle qui l’oblige à ne jamais sacrifier ce qui fonde et justifie son action, à savoir les exigences déontologiques de la profession », a dit le bâtonnier dans son allocution d’usage.

Pour Me Mamadou Seck, « les principes essentiels » de la profession de magistrat « ne sont pas des slogans que l’on brandit comme un étendard ». Au contraire, ajoute le bâtonnier, « ils sont les conditions cumulatives et nécessaires du respect et de l’acceptation des décisions de justice par les justiciables ». « Je me rappelle les propos du Bâtonnier Alioune Badara Sène, ancien magistrat devenu avocat, lors de la rentrée solennelle des cours et tribunaux en 1992-1993, qui disait : ‘’Serait-il encore juge celui qui n’appliquerait pas la loi mais sa loi ? Serait-il encore juge si dans l’appréciation des faits, il ne statuerait qu’en fonction de ses préjugés, de ses tendances ? Un tel juge n’existe pas sinon il ne serait pas juge. Il serait un partisan’’ », rappelle-t-il à l’assistance.

Pour Me Mamadou Seck, « les plans de carrière, les relations politiques, les relations sociales, les relations douteuses entre les acteurs de la justice, l’incompétence ou l’absence de conscience professionnelle, la corruption ne doivent pas résister un instant à l’indépendance, la dignité, l’impartialité, l’exigence de bonne qualité de la justice et la protection des intérêts de la société ». Plaidant la « rupture » face à certaines attitudes des acteurs de la justice, il insiste : « La capacité à résister aux influences extérieures ne peut nous valoir que considération et respect, lesquels marquent notre dignité et comme disait Pierre Lecomte DU NOUY « il n’existe pas d’autre voie vers la solidarité humaine que la recherche et le respect de la dignité individuelle ».

En conséquence, ajoute le bâtonnier, « nous devons rompre avec cette sorte de culture collective tendant à observer une attitude plutôt pudique à l’égard des comportements individuels inadaptés, déviants ou non conformes à nos règles car c’est l’affaire de l’institution judiciaire toute entière, laquelle pâtit dans son ensemble de la mauvaise image que certains d’entre nous donnent de la justice. Nous ne devons pas craindre de collectiviser davantage les traitements de ces questions et prendre les décisions appropriées ». Enfin, Me Mamadou Seck promet que l’Ordre des avocats s’attellera, en ce qui le concerne, à travailler à « redresser la barre », pour favoriser le développement de la confiance des citoyens dans l’autorité judiciaire.

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Bouton retour en haut de la page