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DJ AWADI SUR L’IMMIGRATION CLANDESTINE : “Les jeunes prennent ces risques car on leur interdit de voyager légalement”

Le rappeur Sénégalais Didier Awadi a ajouté sa voix au concert de réprobation contre l’échec des politiques publiques destinées à la jeunesse africaine. Au Sénégal en particulier, cet échec a été durement ressenti par les jeunes qui, en manque de repères tentent l’aventure de l’immigration clandestine. Les conséquences sont macabres avec plusieurs dizaines de jeunes décédés en mer. Interrogé par le magazine InfoMigrants, Didier Awadi qui a écrit plusieurs textes sur le sujet, estime que dans toutes les régions de départ, « on assiste à une faillite de l’Etat ». Dakarpresse vous propose un extrait de son entretien.

InfoMigrants : Vous avez écrit plusieurs chansons sur le thème de l’immigration clandestine et réalisé un documentaire qui s’intitule “Le point de vue du lion”. Pourquoi ce sujet vous touche-t-il ?

Didier Awadi : Dès qu’un Africain disparaît en mer, c’est un frère qui meurt, c’est un espoir qui meurt. On n’a pas le droit de voir cette détresse et ne rien dire. Il faut s’interroger sur les raisons de ces départs : pourquoi les jeunes fuient-ils le pays ? Qu’est-ce qui les empêchent de partir de manière décente ? Je ne peux pas rester insensible à de telles tragédies. Chaque personne qui meurt en tentant de s’enfuir me touche directement.

IM : En 2006, vous avez sorti le titre Sunugaal, qui veut dire “notre pirogue” en wolof. Vous y dénoncez notamment l’indifférence des dirigeants africains face au drame migratoire. La situation a-t-elle changé depuis la sortie de cette chanson ?

DA : Dans toutes les régions de départ, on assiste à une faillite de l’État, ou à l’absence de l’État. Si les jeunes sont prêts à mourir en mer, cela signifie qu’ils n’ont même plus de rêves. C’est dramatique.

Il faut savoir que chaque départ est un cas isolé. Chaque histoire est un drame. Les raisons de cet exode sont multiples. Cependant, il y a un dénominateur commun : l’indifférence des dirigeants africains face à la jeunesse. Ils ne prennent pas assez en compte ses aspirations.
Comme ils n’ont plus d’espoir, ils essayent d’aller en Europe. Tout ce qu’ils leur reste, c’est s’accrocher à une bouée, à une pirogue. Il faut savoir que les Sénégalais sont chauvins, ils veulent vivre et mourir au pays. Mais lorsque tes espoirs sont déçus, tu tentes le tout pour le tout.

IM : Selon vous, l’Europe a-t-elle sa part de responsabilité ?

DA : Les jeunes cherchent simplement une vie meilleure. On ne peut pas les blâmer. Ils prennent ces risques car on leur interdit de voyager légalement. L’Europe ne délivre que très rarement des visas aux Africains. Donc la solution, c’est la mer ou le désert avec les dangers que cela comprend.

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