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Aminata Touré, la Première dame au Perchoir ?

Elle a bouclé sa deuxième semaine d’une campagne électorale qui tire à sa fin. Et, si… les caravanes et autres meetings tiennent leurs promesses, la tête de liste de Benno Bokk Yakaar (Bby) aura sans doute toutes les chances de concrétiser le vœu de Macky Sall qui veut faire de cette fille de la Gauche, la première présidente de l’Assemblée nationale dans l’histoire du Sénégal. Au Perchoir, Mimi aura droit à une retraite bien dorée après un demi-siècle de militantisme politique.

Tout dépendra de l’issue des élections de dimanche prochain pour lesquelles, Aminata Touré (60 ans le 12 octobre) a été désignée coordonnatrice du ‘’Pôle parrainage’’ puis, tête de liste nationale de la coalition Bby. Déjà dans le secret des dieux, « Macky lui a promis le poste », confie un de ses collaborateurs, Aminata Touré se décuple pour mener à bien sa nouvelle mission : confirmer la majorité Parlementaire du chef de l’Etat et, déjouer ainsi les pièges d’une ‘’Cohabitation’’ plus que risquée avec l’opposition. Ce sera très certainement l’une des dernières missions conquérantes de cette ancienne militante de la gauche qui a dédié sa jeunesse à la politique. Pour ce faire, la « dame de fer » ne ménage aucun… souffle : « piscine le matin, petite détente, coordination » avant de rejoindre le staff pour le dérouler du programme de la journée de campagne. Pour celle-ci, Aminata Touré se permet même quelques pas de danse et, semble d’ailleurs retrouver ses jambes de…30 ans, alors qu’elle était – grande première dans l’histoire politique du Sénégal – directrice de campagne d’un candidat à l’élection présidentielle. Ce fut en février 1993, quand l’alors secrétaire général d’And-Jëf/Mouvement révolutionnaire pour la démocratie nouvelle (Aj/Mrdn), lui fit confiance pour cette mission soldatesque. Mimi, cependant, ne put glaner mieux que 37 787 voix, soit un peu plus de 2% des suffrages. Son patron, Landing Savané finit néanmoins 3e derrière l’éternel vainqueur de toutes les élections d’alors, le président Abdou Diouf et son infatigable challenger, Me Abdoulaye Wade, ‘’Pape du Sopi’’.

La parenthèse internationale

Au lendemain de cette période charnière de sa vie militante, la carrière de Mimi s’internationalise : en 1995, elle installe ses quartiers à Ouaga, la capitale burkinabè où elle représente le Fonds des Nations-Unies pour la population (Fnuap). Entre cette date et 2003, l’année où elle a été nommée directrice du département ‘’Droit humain’’ de l’instance onusienne à New-York, elle fait le tour de l’Afrique et presque du monde, à prêcher la cause de la famille, de l’éducation sexuelle notamment. En 2010, Aminata Touré prépare activement un retour à la case politique et sympathise avec l’Alliance pour la République (Apr) formation politique nouvellement créée par Macky Sall avec lequel elle a partagé quelques mois de militantisme au Mrdn. En 2012, quelques semaines avant la précampagne électorale, de nombreux sénégalais découvrent cette femme mure, à la perruque ordinaire et à l’éternel sourire coincé. Jeune quinqua à la démarche légèrement inclinée à gauche, Mimi était l’inverse d’une certaine Léna Sène, une perle sénégalo-ukrainienne dénichée par Idrissa Seck, candidat de la coalition ‘’Idy For President’’ dont elle était directrice de campagne. Il n’y avait donc aucune comparaison esthétique possible entre Mimi et Léna. Certes ! Mais au plan des combinaisons politiques, Mimi boxe dans la catégorie du pater de la directrice de campagne d’Idrissa Seck. A preuve, Aminata Touré prouve son intelligence et sa maestria politique au sein de la coalition ‘’Macky 2012’’ où elle se laissera présentée comme « la Directrice de campagne » du candidat de ladite Coalition. Sournoise amalgame car, Macky Sall s’était gardé de désigner un directeur de campagne. Mimi, certes membre de l’une des « Pôles » stratégiques n’a jamais rien tenté pour décoller cette fausse étiquette. Au contraire, opportuniste à souhait, elle garde cette casquette.

La traqueuse

Pendant la campagne, elle joue à cache avec cette fausse identité et tient bon jusqu’au soir du 25 mars. L’alternance survenue, Mimi, membre éminent de l’enceinte scellée de la coalition « Macky 2012 », colonne vertébrale de ce qui deviendra plus tard la coalition ‘’Benno Bokk Yakaar’’ est, naturellement, sur la très sélective liste du Gouvernement Abdoul Mbaye qui, conformément aux promesses électorales de Macky Sall, ne devait pas dépasser 25 ministres. Très vite, celle qui fut désignée nouvelle patronne de la Chancellerie s’attelle à dérouler sa première mission : chasser les sorcières du régime sortant ! La traque des biens supposés mal acquis était ainsi lancée. Au pas de charge, la justice « sous les ordres de l’exécutif », dénonce l’opposition, se déploie et instruit les dossiers de douze dignitaires du régime de Wade, cités, avec une outrancière euphorie, par le procureur (bien) spécial de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei). Parmi eux, Karim Wade, accusé de s’être illicitement enrichi. Le fils de l’ancien président de la République, arrêté en avril 2013, et placé sous détention était le premier à tomber. Détail d’où l’on ne prétend rien déduire : cinq mois plus tard, Mimi accède à la très haute ‘’Station primatoriale’’ ! En cadence accélérée, sa carrière politique prit dès lors un fulgurant envol. En moins de trois ans, Aminata Touré, sur toutes les lèvres, est la nouvelle ‘’Femme forte’’ du régime. Elle fait et défait bien des carrières. Mais sa toute-puissance ne durera que le temps d’une…bougie.

Brève traversée du désert  

Tout comme son ascension, sa descente aux enfers fut aussi rapide. Solidement haut perchée au 9e étage du Building, Mimi, « crainte et obéie, n’était pas moins haïe », juge-t-on du côté du Palais. Surtout, elle commençait à voler trop près du soleil. Et, petit à petit, tout semblait conspirer contre elle. En 2014, elle facilite la tâche à ceux qui voulaient sa peau : tête baissée, Mimi fonce sur « l’invincible » Khalifa Sall dont elle veut arracher la Mairie de Dakar, en passant pas une candidature à la municipalité de Grand Yoff. Aminata Touré, qui « n’a pas eu l’intelligence d’occuper le grand vide à Gossas – sa base naturelle », commit ainsi l’erreur politique de sa vie ! « Elle était la seule à ne pas voir venir sa défaite ». Humiliée aux Locales et limogée de son poste de Pm, elle tente une timide rébellion contre son ancien boss. Macky Sall flaire le coup et parvient à annihiler les velléités de sa « camarade », s’évitant ainsi une adversaire inutile. Mimi, certes, n’a aucune base politique connue mais, son influence  dans certains cercles pourrait faire mal. En fine stratège, elle réussit à mettre une certaine « pression » à Macky Sall qui finit par la « récupérer ». Après dix mois de diète, elle est finalement désignée… « Envoyée spéciale » du Président de la République puis, moins d’un an après, elle sera préférée à Aminata Tall à la présidence du Conseil économique, social et environnemental. Au Cese, Mimi fera également un séjour relativement bref avant d’être sacrifiée à l’autel des retrouvailles entre Idy et Macky. Mais, là également, elle ne chômera pas longtemps. Contre toute attente, elle a été désignée porte-drapeau  de la coalition Bby, chargée de repousser les assauts de l’opposition et confirmer une majorité parlementaire au bénéfice du président de la République. Le cas échéant, cette ancienne ailière des Gazelles de Dakar aura remporté la dernière Finale de sa carrière… politique et deviendra, dans l’histoire politique du Sénégal, la Première dame au Perchoir.

 

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