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Police sénégalaise, attention au virage !

Paul Valéry, « la faiblesse de la force, c’est de ne croire qu’à la force ».

Les yeux ne mentent pas. Le monde entier a vu sur les réseaux sociaux, les images d’individus sans aucun signe distinctif de la police, malmener des manifestants et casser le matériel des journalistes, ce vendredi 20 décembre, à l’occasion de la manifestation contre la hausse du coût de l’électricité, organisée par le collectif ‘’Noo Lank’’. Il se dit qu’il s’agit effectivement de policiers en civil et non de nervis du parti au pouvoir. Mais qui sait ?

Qui peut jurer que ces gaillards en jeans et T-shirts, coiffures ‘’dégragées’’, ou sous des habits de ‘’Baye Fall’’ émargent à la police nationale ? Le serment serait d’autant plus risqué et blasphématoire que l’inconduite de ces individus qui ont infiltrés les manifestants de ‘’Noo Lank’’, n’avait rien de celle d’un policier, rompu à l’exercice du maintien de l’ordre, dans le strict respect des droits élémentaires des manifestants et des journalistes. Plus que la tenue (uniforme), il manquait la retenue à cette meute déchainée !

La vérité, c’est que depuis l’exploit de Guy Marius Sagna devant les grilles du palais, la police en veut à mort aux journalistes qui ont donné de l’ampleur à cette affaire. Sauf que cette affaire justement, n’a que le poids que lui confère la police qui n’a pu prévenir et contenir la perspicacité du coordonnateur de ‘’Aar Li Nu Bok’’. C’est, de toute évidence, une défaite pour ne pas dire une humiliation contre elle si une poignée de manifestants a pu aisément dérouler une randonnée pédestre jusqu’au Palais présidentiel, le lieu qui par essence, est le plus surveillé et par excellence, le plus sécurisé du pays. Mais la presse qui a couvert cette randonnée doit-elle payer le casus belli de l’intraitable Guy Marius Sagna ? La réponse coule de sens !

En haut lieu, il se dit que les (prétendus) policiers « mataient » les journalistes parce que ces derniers étaient en train de…prendre des images. Il faut rire et à la fois pleurer de ce prétexte au moins ridicule. Il est d’autant plus saugrenu que la prise d’images est une forme de collecte d’information que nul ne peut récuser aux journalistes, même si la publication de ces images est encadrée par la loi. Partout dans le monde, la liberté de photographier ou de filmer les forces de l’ordre constitue la règle générale. En France, notre modèle et première partenaire bilatérale de la police, ni les policiers ni les gendarmes ne peuvent s’opposer à l’enregistrement de leur image lorsqu’ils effectuent une mission dans un lieu public. Mieux, peu importe que la photographie soit le fait d’un journaliste ou d’un simple particulier ; la liberté de l’information primant sur le droit à l’image. C’est tout à fait le contraire au Sénégal où le policier (républicain) gifle, insulte, arrache et détruit le matériel de celui qui aura osé le faire. Impunément ! Et, cet apanage de la police qui use et abuse de la violence, n’est pas seulement constaté à l’occasion des manifestations. C’est un fait banal, un lot quotidien.

Malheureusement, ces pratiques inadmissibles font emprunter à la police un funeste virage. Petit à petit, elle risque de remplir toutes les conditions qui l’extirperont du cercle des polices républicaines, respectables.

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