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Amadou Clédor Sène n’est pas nuisible à la société !

Il existe plusieurs acteurs et donc plusieurs rôles dans la société. Certains, par centaines de milliers – hommes, femmes, jeunes et moins jeunes, politiquement engagés ou non – ont fait le choix contraignant et hautement risqué de faire face à toutes sortes de menaces, au nom de l’intérêt général, de faire preuve d’un engagement inconditionnel pour les causes utiles, réclamant de meilleures conditions pour les populations. D’autres, préfèrent rester chez eux, gérer leurs familles et leurs affaires, laissant aux premiers le « monopole » de l’engagement citoyen, militant. Il y en aussi, d’autres non moins engagés, qui jouent le rôle de vigie de la démocratie, de régulateur d’une société en proie à une éternelle guerre entre plusieurs groupes aux intérêts opposés.

C’est dans ce dernier entrain qu’il faut situer le travail quotidien des journalistes. Ils ont fait vœu de dénoncer les travers d’un monde en déliquescence et, par conséquent, ne doivent jamais taire certaines situations qui vont à l’encontre de la morale publique et de l’intérêt général. A ce titre, les journalistes doivent dénoncer les criminels et les brigands, les braconniers des deniers publics, les pyromanes et les violeurs. Les assassins aussi et surtout ; ils doivent ainsi être plus utiles qu’une simple « cassette enregistreuse » du discours politique et syndical, comme dirait Jean-François Kahn. Dans sa mission quotidienne, le journaliste peut également prendre sur lui la responsabilité de bannir un acteur de la scène publique et/ou d’en privilégier un autre. C’est sa Responsabilité éditoriale ! Mais, traiter quelqu’un d’assassin et appeler à son bannissement, quand même, c’est pour un journaliste refuser de prendre une juste distance pour mener une réflexion plus sereine, moins épidermique, plus portée sur les situations que sur les hommes.

Assassin, justement ! Le terme renvoie à celui qui tue avec préméditation ou guet-apens. Certes, en 1994, dans un contexte bien particulier, la Cour d’Assises avait reconnu coupables de ce chef d’accusation le sieur Amadou Clédor Sène et ses “complices”. Au bout de…quatre (04) jours – un délai record, avouons-le – d’un procès aussi historique que particulier, le principal accusé fut, effectivement, condamné à…vingt ans de travaux forcés. Pour avoir « assassiné » un juge, dit-on !

Aujourd’hui, 25 après, Amadou Clédor Sène aurait donc fini de purger sa “lourde” peine et payer sa dette à la société. Mais, il est bien rare de trouver âme qui soit convaincue de la pertinence de cette décision de justice. Surtout après la grâce présidentielle et l’amnistie en faveur des accusés. Tout ceci pour dire que l’affaire Me Sèye reste en l’état. Juger en fait, n’est pas chose aisée. Surtout si un journaliste s’y met, en extirpant un homme de tout un système, en le présentant comme un hideux monstre. Surtout aussi, lorsqu’il s’agit de trancher une affaire criminelle dont les ramifications politiques et techniques au plus haut sommet de l’Etat sont suffisamment alambiquées pour verrouiller toutes les pistes qui doivent l’être.

Laissons le juge Sèye, au moins, se reposer en paix et, espérons que cette affaire, avec tout le sérieux et la détermination requis, sera rouverte un jour de l’histoire. C’est un vœu fervent et rationnel pour tous les sénégalais épris de justice, les amis et la famille du juge surtout. Alors, les yeux fixes, nous fermerons ce texte avec notre vérité : Clédor Sène n’est pas un assassin à bannir !

En conséquence, le débat public sur le thème majeur de l’actualité depuis la diffusion du reportage de la BBC ne doit pas être déporté vers son passé. D’autres souffrances sont plus immédiates. Elles tournent autour des enjeux qui interpellent notre avenir de pays producteur, novice et très convoité dans le monde impitoyable du pétrole. Ces enjeux sont suffisamment élevés pour refuser d’en parler avec ceux qui, quelle que soit la couleur de leur passé, détiennent des informations qui pourraient changer positivement le cours des événements. Pendant quatre ou cinq ans qu’il parle des ressources extractives, du pétrole surtout, le riche contenu du discours de Clédor Sène s’articule entre constance et cohérence. Pour tout dire, dans le contexte actuel, Amadaou Clédor Sène n’est pas inutile, encore moins nuisible à la société. Alors, nous l’inviterons volontiers dans le débat ouvert pour une meilleure gestion et une répartition plus adéquate des fruits de ces ressources naturelles dans les secteurs de la santé, de l’agriculture, de l’éducation et dans l’emploi. Pour un Sénégal définitivement intégré dans le cercle des Nations où le développement économique et social durable n’est plus un rêve.

Mansour Ndiaye

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