Périscope 
A la Une

De la violence policière au Sénégal

Nous avons crié notre espoir que le dérapage du commissaire Sankharé n’est qu’un cas isolé. Qu’il n’y a pas deux comme lui au sein de ce prestigieux corps ! Nous osons espérer que même si les plus anciens partiront à la retraite, ce corps ne perdra pas son professionnalisme pour laisser la place à des réactions comme celle de ce mercredi 14 août. Le cas échéant, la police se viderait de son crédit, à cause notamment de cette violence presque aveugle, outrancière envers et contre les citoyens.

Tout comme la corruption, la violence policière est annuellement décriée dans des rapports d’organismes de défense des droits de l’homme. Mais, parce qu’elle n’est pas seulement physique, cette violence ne doit être réduite dans des statistiques. Elle est habituellement morale, immatérielle et souvent publique. Elle est perceptible quand les policiers nous interpellent dans la circulation, au volent de notre voiture, quand ils nous demandent de vider quelque lieu, public ou privé, dans l’enceinte de la grande mosquée de Touba, à Tivaouane et à Popenguine, dans les locaux des institutions nationales ou internationales, dans les campus et même dans les amphithéâtres…

A la pharmacie Fadilou Mbacké de la Patte-d’oie, cette violence a été d’autant plus grave et inacceptable qu’elle est le fait d’un commissaire de police. On accepte plus un dérapage d’un agent que celui d’un “haut gradé” qui a sous son commandement une cinquantaine de personnes lui obéissant au doigt et à la l’œil, souvent aveuglément.

Heureusement pour le Dr Cheikhou Gaye, son officine dispose d’une caméra de surveillance, ayant servi à immortaliser ces malheureux évènements. Mais, combien de citoyens ont été victimes d’une inconduite policière dans l’anonymat le plus total ? Combien de citoyens ont été humiliés, outrés, blessés dans leur chair par une inconduite policière ?

Le fait est qu’au Sénégal, sans doute plus que partout ailleurs, bien des policiers sont violents, excessifs. Des comportements que même l’adversité ne saurait excuser. Or justement, les paisibles et honnêtes citoyens pharmaciens ou mécaniciens de rue, étudiants, journalistes ou simplement usagers du service public, ne sont pas des adversaires de la police. Il faut le dire, l’enseigner et le rappeler aux policiers. Il donc nécessaire et urgent de remettre l’attitude du commissaire Sankharé dans une perspective plus large en s’interrogeant sur le mode de recrutement des policiers, sur le contenu de leur formation. Si les candidates au concours de police sont soumises à des tests de grossesses, quelles sont les précautions prises devant les hommes, futurs agents, sous-officiers ou officiers de police ? N’y a-t-il pas des épidermiques parmi eux ? Des émotifs primaires ? Des tortionnaires ? Il est urgent de chercher la racine du mal, de cerner la problématique pour voir pourquoi certains policiers ne sont pas comme il faut et comment faire pour qu’ils soient comme il faut.

« La police nationale tient à informer que l’Autorité a pris toutes les mesures disciplinaires attendues dans de pareilles circonstances malheureuses », renseigne un communiqué de l’institution rendu public ce 15 août. Comme dans d’autres circonstances antérieures… Mais, de telles mesures sont-elles véritablement porteuses ? A quoi peuvent-elles si le diagnostic n’est pas posé dès le départ ? Il est urgent de rappeler à l’ordre toutes ses « forces de l’ordre » pour éviter à ce corps de cristalliser une certaine inimitié et une défiance des populations avec lesquelles elles doivent être en parfaite harmonie pour relever les défis sécuritaires qui interpellent toutes les nations du monde. C’est à ce moment seulement que les concepts de police républicaine ou citoyenne auront un sens. En attendant le commissaire Sankharé devrait présenter des excuses publiques au Dr Gaye et à toutes les forces de police !

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page
Fermer