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Macky Sall sur France 24 : « Des gens pensent qu’ils doivent rester (au pouvoir) plus que nécessaire parce qu’ils ont une mission particulière »

Novembre 2014. Le président de la République, Macky Sall accueillait à Dakar le 15e sommet de la Francophonie. Un sommet qui devait définitivement acter la succession du président Diouf à la tête de l’OIF (Organisation internationale de la Francophonie). Invité par nos confrères de France 24 en prélude à cet évènement, le chef de l’Etat Sénégalais répondait aux questions de notre regretté confrère, feu Jean Karim Fall. Dans ce numéro de « L’Entretien France 24 » du 28 novembre, Macky Sall avait le verbe plutôt fier d’un des (rares) présidents africains qui honnissent la longévité au pouvoir. Extraits…

France 24 : A la lumière de ce qui s’est passé au Burkina (Ndlr : Ce pays venait de sortir d’une crise institutionnelle ayant abouti à la démission forcée du président Blaise Compaoré), de ce qu’on a appelé le printemps burkinabè, est-ce que vous êtes favorable à une limitation des mandats dans l’espace francophone. Par exemple, deux mandats, pas plus ?

Président Macky Sall : Oui ! Au Sénégal nous avons régler cette question puisque notre Constitution de 2001 a limité le nombre de mandats à deux. Il y a eu une variation sur la durée et moi-même j’ai été élu pour un mandat de sept ans sur le registre du septennat. Et pour revenir à une norme – deux mandats de cinq ans – j’ai décidé d’appliquer une réduction sur mon propre mandat. Donc, je suis favorable à une limitation des mandats dans le temps.

Comment expliquez-vous que beaucoup de vos pairs en Afrique de l’Ouest, mais aussi en Afrique Centrale, dans l’espace francophone, aient du mal à quitter le pouvoir ?

Je ne sais pas. Je ne peux me prononcer outre mesure sur cette question puisque comme j’ai eu à le dire, les situations peuvent être différentes. Un pays comme le Sénégal qui a connu le multipartisme avant son indépendance, qui a fait des élections pluralistes avant son indépendance, déjà en 1860, qui a connu ses premières communes en 1887, vous ne pouvez pas y trouver des situations pareilles même si parfois…d’ailleurs on a failli frôler des gens qui voulaient transgresser cette limite temporelle… Mais le peuple veillera et, l’évolution de notre pays fait que cela n’est pas possible. Dans d’autres cas, je pense que la maturité démocratique n’est pas au même niveau et c’est pourquoi, il faut parfois – tout en respectant les principes universelles – essayer de voir dans chaque cas. On ne peut pas appliquer un principe uniforme partout en même temps. C’est peut-être ce qui explique que dans certains pays des gens pensent qu’ils doivent rester plus que nécessaire parce que peut-être ils ont une mission particulière. Ce n’est pas mon cas et, je pense qu’aujourd’hui, on doit tenir compte de la réalité du monde d’aujourd’hui.

Vous avez invité votre prédécesseur, Abdoulaye Wade, à participer à la cérémonie d’ouverture du 15e Sommet de la Francophonie, il a refusé. Vous avez été surpris par ce refus ?

Non, j’ai pas été surpris. J’ai fait mon devoir, c’était de l’inviter. Je pense que même feu le président Senghor s’il était sur terre serait très heureux de rejoindre le président Abdou Diouf et moi-même. Mon devoir était de l’inviter, il a choisi de ne pas venir, c’est sa liberté, je n’ai pas de commentaire particulier.

Vous le regrettez ?

Oui je le regrette parce qu’il aurait été bien, quelles que soient par ailleurs les divergences ou les problèmes qui peuvent exister çà et là entre nous, que sur un moment aussi important où nous voulons aussi rendre hommage à son prédécesseur, un de nos présidents, que tous les chefs d’Etat sénégalais vivants puissent être présents. Mais, s’il n’est pas là ce n’est pas un problème particulier.

On a l’impression que votre mandat en ce moment se résume à un bras de fer avec votre prédécesseur. Ce n’est pas inquiétant pour la démocratie sénégalaise ?

Non, pas du tout ! Mon mandat ne saurait être réduit à des échanges épistolaires ou à des échanges de paroles en meeting. Je pense que ce qu’il faut voir, c’est d’abord ce que je viens de dire : la décision de réduire un mandat, cela n’existe nulle part. J’ai voulu donner un exemple – parce que les exemples, il faut les appliquer à soi-même si on veut être crédible… Parce qu’avant mon élection, mon prédécesseur a voulu un troisième mandat qui a entraîné le Sénégal vers une période de tensions vives, il y a eu des morts. Il ne faut pas qu’on oublie ce qui s’est passé et c’est la raison pour laquelle j’ai dit qu’il faut prendre le contre-pied et montrer qu’il est possible de remercier les électeurs et d’indiquer qu’on pouvait renoncer à des années de pouvoir qui ont été légitimement et légalement acquises.

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