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CFA/ECO : Mieux vaut un Fonds monétaire africain (Economiste)

Depuis l’annonce de la mort du FCFA et son remplacement par la nouvelle monnaie ECO, les commentaires fusent de partout en Afrique et, bien sûr, en France. Au Sénégal, d’éminents économistes ont commenté cette actualité et apporté des éclairages sur la nouvelle monnaie qui, selon le président Ouattara, sera celle des pays de l’UEMOA à partir de 2020. Invité du magazine Soir d’Info sur la TFM, ce 23 décembre, l’économiste Ndongo Samba Sylla suggère plutôt la mise en place d’un “Fonds monétaire africain” pour une meilleure intégration monétaire du continent.

Le CFA est mort, vive l’ECO et ses nouveautés ! Hélas, pour Ndongo Samba Sylla, cette nouvelle réforme est de type administratif et “on ne peut même pas parler de réforme monétaire”. “Ce sont des réformes symboliques qui ne vont pas changer le cadre de politique monétaire. Les vraies critiques, celles de nature économique n’ont pas été prises en charge. C’est une manière de couper l’herbe sous le pied à certains mouvements anti CFA, sinon rien ne change, on est toujours dans le cœur du système CFA”. Et pour s’en sortir, il faudrait une véritable intégration. Mais, ajoute l’économiste, cette intégration ne peut se faire sans un préalable fondamental : l’intégration politique.

Autrement, le problème n’est pas technique, mais plutôt politique. “Est-ce que les africains ont confiance en eux-mêmes ? Est-ce que les pays africains francophones, à commencer par le Sénégal et la Côte d’Ivoire veulent jouer le jeu de l’intégration ?”, s’interroge l’invité de TFM avant de répondre : “visiblement ce n’est pas le cas”. Car, explique le jeune économiste, “même dans le domaine commercial, la Côte d’Ivoire joue le même jeu ; elle a signé un accord de partenariat économique intérimaire avec l’Union européenne alors qu’on est dans le cadre d’une union douanière. Du coup, les autres pays vont mettre des barrières protectionnistes vis-à-vis des produits qui transiteront par la Côte d’Ivoire”. Un exemple parmi tant d’autres qui fait dire à M. Sylla, qu’il manque une réelle détermination de la part des dirigeants politiques africains pour aller vers une intégration politique, condition sine qua none d’une intégration économique réussie.

L’échec de l’Euro

Et, pour Ndongo Samba Sylla, l’expérience de la zone Euro montre qu’une monnaie unique ne marche que s’il y a un certains nombre de préalables politiques. “Les européens (avouent) qu’ils ont échoué, qu’ils n’auraient jamais dû lancer l’Euro sans un certains nombres de pré requis bien définis : un gouvernement politique, un ministre fédéral des Finances, un budget européen, une harmonisation des politiques dans le domaine de l’emploi, de la protection sociale, dans le domaine budgétaire, fiscale, etc”, rappelle-t-il. En conséquence, poursuit l’invité de TFM, “il y a un scénario de polarisation en Europe avec l’Allemagne qui s’en sort et les autres pays qui ne s’en sortent pas”. Pour éviter à l’Afrique une situation identique, M. Sylla prône la mise en place d’un Fonds monétaire africain qui protégerait contre les instabilités et les turbulences économiques mondiales. Cet instrument devrait faciliter (avec un système de paiement et de règlement continental), les politiques d’autosuffisance alimentaire et énergétique. Mieux les pays africains pourraient ainsi économiser sur leurs réserves de changes et financer l’industrialisation de l’Afrique.

Rappelant une pensée de Cheikh Anta Diop qui, en 1976 déjà, disait que “l’organisation rationnelle des économies africaines ne peut précéder l’intégration politique de l’Afrique”, Ndongo Samba Sylla sonne l’alerte contre les dangers qui menacent l’Afrique si les dirigeants veulent une monnaie unique sans une intégration politique préalable. “Les européens l’ont compris 30 ans après Cheikh Anta Diop. Un pays comme la Grèce devra attendre 2034 pour retrouver son niveau économique de 2008”, dit-il. De la même manière, insiste l’économiste, “le Sénégal qui est dans une monnaie unique CFA avait en 2016, le même niveau de revenus réels par habitant qu’en 1960, la Côte d’Ivoire en 2016 avait un niveau de revenus réels par habitant inférieur d’1/3 à son meilleur niveau de 1978”.

Ndongo Samba Sylla qui précise qu’il n’est pas “contre les monnaies uniques” si les préalables sont réunis, préconise une monnaie unique africaine fédérale. Il dit : “(…) si vous avez les ressources et une monnaie unique, vous avez votre indépendance financière. (sinon) quand vous avez des crises, vous n’avez pas de mécanismes d’ajustement autres que la paupérisation des populations”.

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