ECONOMIE
A la Une

OFNAC : Des dizaines de rapports rangés dans les tiroirs du Procureur (3/5)

En 2020, Seynabou Ndiaye Diakhaté avait précisé que l’Ofnac avait transmis 20 rapports au Procureur de la République tout en soulignant qu’elle ignorait la suite qui leur a été réservée. Ce qui revient à dire, selon Seybani Sougou, que « l’Ofnac reçoit des plaintes, procède à des investigations et des enquêtes, transmet des rapports au Procureur de la république, qui dans la quasi-totalité des cas classe ces rapports dans un tiroir ». Suffisant pour qu’il se demande « à quoi bon produire des rapports s’ils ne servent qu’à meubler la galerie » ? Par ailleurs, constate-t-il, « il est rare que l’Ofnac s’autosaisisse sur une affaire de corruption alors que l’article 12 de la loi du 28 décembre 2012 lui donne un pouvoir d’autosaisine ».

S’agissant des nominations à l’Ofnac, le juriste regrette également le fait que les critères d’apolitisme, de neutralité, d’impartialité et d’indépendance ne sont pas respectés. Et pour corroborer ses propos, il convoque le contenu de la déclaration de Jakarta. « Les professionnels et les experts en matière de lutte contre la corruption du monde entier réunis en Indonésie ont réaffirmé dans la déclaration de Jakarta des 26 et 27 novembre 2012 que les dirigeants des Institutions de lutte contre la corruption « sont désignés à l’issue d’un processus qui garantit leur apolitisme, impartialité, neutralité, intégrité et leur compétence » », rappelle-t-il.

Or, regrette Seybani Sougou, « il est établi que la nomination de certains membres de l’Ofnac ne remplit les critères d’apolitisme, d’impartialité de probité et d’indépendance exigés ». A l’en croire, des membres de l’Apr sont nommés au niveau de l’assemblée des membres de l’Ofnac, « ce qui compromet gravement le secret des délibérations ». A preuve : « La nomination de Mme Emne Fakhry, à l’Ofnac alors qu’elle est membre de l’Apr et qu’elle a été arrêtée en 2011 par la police française, avec 30 autres militants de l’Apr, dans une affaire de dégradation de biens publics (saccage du consulat du Sénégal à Paris), nuit à l’image et à la crédibilité de l’Ofnac », soutient-il pour étayer son propos.

Et au vu de tous ces éléments, Seybani Sougou fera savoir qu’ « on peut sans conteste affirmer, que l’Ofnac n’a pas répondu aux attentes placées en elle, lors de sa création ». « Le bilan de Mme Seynabou Ndiaye Diakhaté à la tête de l’Institution est insuffisant, même si on ne peut pas lui imputer la responsabilité entière de ce semi échec, dû essentiellement aux entraves dressées sur son chemin et au manque de volonté politique du pouvoir exécutif de permettre à l’Ofnac d’exercer sa mission en toute indépendance », décrète-t-il. Affichant un certain pessimisme quant à au niveau de la corruption au Sénégal, il estime que « sans une remise en cause profonde du fonctionnement de l’Ofnac, la corruption a encore de beaux jours au Sénégal ».

 

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Bouton retour en haut de la page