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M. MOUSTAPHA SARR, WEB-ENTREPRENEUR : “Le Sénégal doit se positionner comme une zone franche pour les GAFA”

3 QUESTIONS A MAMADOU MOUSTAPHA SARR, WEB-ENTREPRENEUR

Fondateur d’une entreprise spécialisée dans l’accompagnement des entreprises dans le digital, Mamadou Moustapha Sarr, est également Affiliate Marketer. Très discret, ce féru du net qui s’y active depuis plus d’une décennie a – enfin – accepté de répondre aux questions de Dakarpresse. Principal prétexte de cet entretien dans lequel « Moustapha » pour les intimes, nous parle de l’extension .SN et des fameux taxes GAFA : la récente sortie de la directrice de la pharmacie nationale d’approvisionnement qui suggérait l’application d’une taxe sur les réseaux – les messages sur WhatsApp notamment – pour financer la gratuité de certains services de santé.

Dakarpresse.com : Vous avez sans doute suivi la sortie de la directrice de la Pharmacie nationale d’approvisionnement (PNA) qui suggère une taxe appliquée aux utilisateurs des réseaux sociaux (les messages WhatsApp, surtout) pour financer la gratuité de certains services de santé. Que vous inspire cette suggestion ?

Je pense qu’avant tout, il faut savoir faire la différence entre Voix et Data. L’erreur est de vouloir faire une comparaison entre ces deux termes. L’élément déclencheur de cette pensée vient peut être de la taxation des appels entrants initiés par l’ancien président de la République, Me Abdoulaye Wade. Mais, il faut savoir que la Data est différente, le fournisseur vend un Pass ou un abonnement et l’utilisateur peut en faire ce qu’il veut. De ce fait, s’il y a imposition ou taxe, c’est l’utilisateur qui devrait la payer. Mais, je n’ai jamais entendu quelqu’un payer une taxe sur l’utilisation d’un service qu’il a déjà payé. En langage pharmaceutique, imaginez qu’un malade vienne acheter des médicaments et doit aussi payer une taxe pour chaque comprimé prise !
Du reste, si l’utilisateur doit payer une taxe pour un message vocal envoyé, il doit aussi payer une taxe pour chaque site visité. Ce qui revient à dire que c’est impossible de lui faire payer, car il a déjà payé une taxe à valeur ajoutée lors de l’achat. A son tour, le fournisseur, paye des taxes sur le revenu.

Récemment également, le débat avait été soulevé autour d’une éventuelle application de la taxe Gafa au Sénégal. De manière globale, les conditions sont-elles réunies pour une taxation des géants du Net en Afrique en général ?

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Vous savez, cette question est un peu difficile à trancher. Déjà les GAFA ne sont que des “pure players” au Sénégal. Je m’explique : si une entreprise n’a pas de présence physique dans un pays, elle ne sera pas imposable. Déjà, les factures envoyées par la firme de Mountain View viennent de Google Ireland Limited et, Amazon gère les transactions internationales depuis ses bureaux de Luxembourg. De ce fait, même un acheteur ne sera pas assujetti à la TVA. Je pense que si l’acheteur devrait payer ces taxes, il devrait le payer au pays où est basée l’entreprise. Par ailleurs, il est risqué de vouloir imposer ces multinationales. D’abord parce que le Sénégal doit se positionner comme une zone franche, car la loi récemment votée pour le compte des startups doit se reposer à 90% sur les nouvelles technologies. Certes, il n’y aura pas d’innovation avec ces GAFA, mais beaucoup de jeunes peuvent créer des entreprises de vente en ligne avec des listings sur Amazon, des entreprises de webmarketing avec les moteurs de recherche Google ou les réseaux sociaux de la firme de Mark Zukergerg et même des applications avec Playstore et Applestore, sans oublier la création de rich média sur Youtube – qui fait partie de Google.
Je pense qu’avant toute chose, les gouvernants devraient permettre à ces géants de s’installer et de rééduquer cette jeunesse pour qu’elle puisse bénéficier des GAFA au lieu d’être de simples consommateurs. Aujourd’hui par exemple, Youtube a permis à de nombreux jeunes d’être des ambassadeurs des plus grandes marques au Sénégal. En plus, la monétisation permet de diversifier les sources de revenus.

Aujourd’hui, l’extension .SN peine à convaincre et, malgré les assurances de l’ADIE, les utilisateurs préfèrent l’extension .COM ou .NET. Pourquoi, selon vous ? Et comment renverser la tendance ?

Vous savez, nous vivons dans un monde qui roule à 100 à l’heure et les acteurs du web ne diront pas le contraire. Moi, qui suis dans l’affiliation à travers le monde francophone (France, Belgique, Canada, Suisse, l’Afrique Francophone), le .SN constituerait une épine. Car, croyez-moi, dans le numérique, il n’y a plus de frontière, on parle plutôt de communauté linguistique. De ce fait, si je maitrise le Français, j’aurais plus d’une centaine de millions de clients, si je maîtrise l’anglais, j’aurais plus de 500 millions de clients ou même un milliard. Je n’ai pas les statistiques exactes. Donc, je préfère avoir un business International que local. L’extension .SN concerne 14 à 16 millions de personnes alors que le .COM concerne plus de 7 milliards de clients. Encore une fois, il n’y a que la barrière linguistique qui pose problème.
D’un autre point de vue, il ne suffit pas juste de promouvoir le .SN, mais aussi de faciliter l’accès aux jeunes entrepreneurs. L’exigence d’un dossier administratif, a priori, est un frein. De plus, la fluidité de la transaction devrait être améliorée car on est dans un monde très numérique et il faut être en phase avec son époque. Pour terminer, je dirais juste que le contenu local n’a rien à voir avec l’extension que l’on choisit, mais de la niche traitée. Quelqu’un peut avoir un .SN et traiter de la cuisine internationale alors qu’un autre peut faire le contraire, c’est-à-dire avoir un nom de domaine avec l’extension .COM est traiter de la cuisine locale sénégalaise.

Entretien réalisé par Mansour Ndiaye

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