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Autosuffisance, pétrole, gaz, nouveau gouvernement : Cheikh Amar parle (Exclusif)

NOUVEAU GOUVERNEMENT, AGRICULTURE, SOUVERAINETE ALIMENTAIRE, PETROLE ET GAZ

Cheikh Amar à cœur ouvert

C’est un Cheikh Amar en pleine forme qui nous a ouvert ses portes et accepté de répondre à nos questions pour ce premier numéro du journal Le Peuple. Plusieurs questions d’actualité ont été abordées avec le patron de TSE qui s’est félicité de la nomination du nouveau gouvernement et du choix porté sur Aly Ngouille Ndiaye pour diriger le département de l’agriculture, reste convaincu que l’émergence du Sénégal ne peut se faire sans l’agriculture. Entretien…

 

Le Peuple : Vous êtes connus pour être actif dans plusieurs secteurs dont l’immobilier et l’automobile. Mais, vous avez une passion pour l’agriculture. Pourquoi spécifiquement ce secteur ?

C’est vrai que nous gérons un holding et avons des activités autour de l’automobile, l’immobilier et surtout de l’agriculture. Comme le vous savez, nous sommes plus actifs dans le secteur de l’agriculture et de l’équipement agricole. Des tracteurs aux moissonneuses en passant par les autres équipements. Un pays ne peut pas se développer sans son agriculture qui est au début et à la fin de toute émergence économique et sociale. Toutes les richesses proviennent de la terre. Les grandes puissances du monde l’ont très tôt compris et se sont évertuées à développer ce secteur. « Labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France », dit-on. Cette assertion est plus qu’un slogan.

Le conflit russo-ukrainien semble confirmer cela d’ailleurs…

Effectivement. Aujourd’hui, on se réduit à demander de l’engrais à la Russie. On pouvait éviter cette situation. Nous avions déjà commencé un programme pour gérer cet aspect, mais malheureusement, avec mon accident les choses n’ont pas abouti. C’était un programme riche et varié qui devait au moins, nous permettre d’atteindre l’autosuffisance en riz. On avait commencé ce programme avec le président Wade pour un montant global de 27 millions de dollars. La deuxième phase devait se poursuivre avec le président Macky Sall pour un budget de plus de 65 millions de dollars. Il y avait également 100 millions de dollars en attente. Nous avions d’abord commencé par amener des tracteurs et du matériel de TP pour aménager les terres. Malheureusement, quelques temps après, j’ai eu cet accident. Mais, même avec cet accident, le programme aurait dû se poursuivre. Parce que les ingénieurs avec lesquels je travaille sont toujours sur place et disposés à dérouler le programme.

Aujourd’hui, le président Sall a formé un nouveau gouvernement avec un Premier ministre à sa tête. Il a surtout renforcé le ministère de l’agriculture et de l’équipement rural en y adjoignant la « souveraineté alimentaire ». N’est-ce pas là une nouvelle phase qui s’ouvre pour ce secteur clé ?

Je félicite le Président pour ce nouveau gouvernement et encourage le Premier ministre, Amadou Bâ qui très certainement, pourra conduire la politique définie par le Président. Concernant le secteur de l’agriculture, qui me concerne directement, je salue la nomination de M. Aly Ngouille Ndiaye à la tête de ce département. A mon avis, c’est l’homme qu’il faut à cette place dans le contexte mondial actuel. C’est lui-même un agriculteur qui connait bien le secteur et je sais qu’il a le leadership et le courage nécessaire pour porter ce département.

Pouvez-vous revenir un peu sur l’affaire des mines de phosphates que vous exploitez à Matam. Récemment, la Cour suprême vous a donné gain de cause face au ministre de tutelle…

On devait dépasser ce stade depuis très longtemps si certains hauts responsables auxquels le chef de l’Etat confie des missions jouaient pleinement leur rôle en évitant surtout de verser dans des conflits d’intérêts plus ou moins avoués. On parle beaucoup de l’importance des engrais dans le secteur agricole. Et, il est impossible de faire de l’engrais sans les phosphates qui sont d’une importance capitale. Donc si un ministre se permet de prendre une mesure, sur on ne sait quelle base, pour annihiler les effets juridiques d’un décret présidentiel, je me demande dans quel pays sommes-nous.

Vous avez sans doute mal vécu cet épisode…

Naturellement ! Surtout parce que ce permis que l’on nomme « Permis minier », je l’ai acheté en bonne et due forme. Ce n’est pas un permis qu’on m’a offert. J’ai casqué fort pour l’avoir et cela a été acté par un décret présidentiel. Donc qu’un ministre vienne pour arrêter cette exploitation, je trouve que c’est grave. Et, il s’en n’est pas arrêté là. Il m’a pris d’autres biens. Mais je laisse cela entre les mains de Dieu. J’ai investi beaucoup d’argent dans ce secteur à travers les travaux de recherches et jusque-là je n’ai pas de retour d’investissement dans ce domaine.

Apparemment, vous abandonnez souvent les batailles judiciaires pour défendre vos droits. En tant que grand investisseur est-ce que cette option n’est pas préjudiciable ?

Je remercie le Bon Dieu. Je ne plains pas trop et je sais que tôt ou tard, mes biens me reviendront. Mon principal souci c’est de travailler pour l’émergence économique, le développement économique durable au bénéfice de mon pays et de mes compatriotes. Je ne vais pas descendre au niveau de certaines gens qui ne doivent leur existence qu’à la générosité du Président qui les nomme à quelque poste. Je ne serais jamais dans des querelles enfantines avec des personnes dont l’existence ne tient qu’à un décret présidentiel et qui peuvent être démises de leurs fonctions à tout moment. Prenez l’exemple de Seniran où je suis le PCA. Ils sont en train de valser ça et là. Mais, tôt ou tard, je vais la récupérer parce que c’est mon bien. Rien ne sert de courir. Personne ne pouvait jurer, il y a quelques semaines que Amadou Ba serait le Premier ministre ou que Moustapha Ba serait le ministre des Finances. Ainsi va la vie. Je ne suis d’aucun bord politique. Je suis un investisseur sénégalais et je suis prêt à travailler avec tout président qui le souhaite. Heureusement, j’ai eu la chance avec Me Abdoulaye Wade qui est comme un père et le président Macky Sall qui est un frère.

Quelles sont les clés de la souveraineté alimentaire à votre avis ?

Elles sont à notre disposition. Il ne reste que des hommes bien outillés pour arriver à ouvrir ces portes. Par exemple, après mon accident, alors que j’étais en Allemagne, j’ai entendu un ancien Premier ministre dire qu’on devait importer le riz du Pakistan ; je n’en revenais pas. Mais j’ai eu encore mal quand le chef de l’Etat est allé à Saint-Louis. Les gens parlait d’un programme d’aménagement de dix mille hectares alors que moi j’avais déjà négocié 30 mille hectares. Je ne comprends plus. Le matériel est déjà là et il y a même des tracteurs qui sont encore au port de Dakar, en dépôt.

Est-ce que Cheikh Amar ne gêne pas ?

Si c’est le cas, je gênerai pendant longtemps encore. Parce que je maîtrise bien ce que je fais. Je suis bien dans ma peau, grâce à Serigne Saliou. Aujourd’hui, l’autosuffisance devait être une réalité au Sénégal. En une année, on a pu amener 3000 tracteurs, des semoirs, des Cover Crop, des remorques et beaucoup d’équipements agricoles qui pouvaient nous aider à atteindre nos objectifs.

Etes-vous prêt à collaborer avec le nouveau ministre de l’agriculture ?

Aly Ngouille est un grand agriculteur et je sais qu’il peut faire beaucoup de choses dans le secteur. En tout cas je suis là et prêt à mettre mon expérience au profit de mon pays.

Avez-vous des projets dans le secteur du pétrole et du gaz ?

Pour le moment, nous ne sommes pas intéressés. Peut-être on va voir avec le gaz et surtout pour ses dérivées dont l’urée qui est utile pour toutes les cultures. Cela va nous permettre de mettre en place une grande usine d’engrais au Sénégal. Si vous allez au Nigéria, ils peuvent vous remettre de l’urée mais ils n’ont pas de phosphate contrairement au Sénégal qui a le meilleur phosphate au monde. Et, c’est une honte que de remettre cette richesse entre les mains des étrangers, au détriment des investisseurs sénégalais. Avec l’urée, on aura tout ce qu’il faut pour avoir de l’engrais à suffisance. C’est dire que tout retourne vers l’agriculture. Et c’est le secteur moteur. On avait mis sur pied un programme clair, avec des objectifs précis. Maintenant, si le président est mis devant cette situation jusqu’à aller demander des céréales en Russie, c’est que quelque part, des gens n’ont pas joué pleinement leur rôle. Il faut recentrer les priorités autour de l’agriculture. C’est l’appel que je lance au  Président qui, je le sais, sera très réceptif à cet appel.

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