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ADIEU GRAND KADER !

Un Grand professionnel des média s’en est allé ! Sur la pointe des pieds, Kader Diop, journaliste émérite a tiré sa révérence au petit matin de ce jeudi pluvieux. La presse est endeuillée avec la perte de ce professionnel aguerri qui, toute sa vie durant, a arpenté les théâtres d’opérations rapportant avec exactitude les faits, mettant en situation les facteurs et détectant avec bonheur l’enchaînement des logiques.

Les conflits, les guerres, les crises, les tensions, n’avaient plus de secret pour ce discret et fin observateur jamais pris en défaut de lucidité. Il aimait son métier avec passion. Il soignait ses couvertures et ne lésinait pas sur la préparation, phase cruciale dans l’organisation des missions qu’il accomplissait avec un égal enthousiasme. À équidistance des pouvoirs, Kader entretenait les meilleurs relations avec les acteurs sans toutefois tomber sous leur charme.

Pour lui, le détachement faisait le journalisme qui se nourrit de critiques, de remises en question, d’interpellations et de confrontations pour déceler tantôt une faille dans l’argumentaire, tantôt une erreur enveloppée dans un discours enfiévré. Chez ce confrère expérimenté, l’attention est une arme de dissuasion pour ceux qui tentent de berner les reporters, les analystes, les éditorialistes, les chroniqueurs ou les correspondants.

Il s’est toujours imposé un devoir de réserve. Quelque soit le papier écrit, dès qu’il est soumis à Kader, il en revient édulcoré, aseptisé, « toiletté » et ordonné (avec une hiérarchie factuelle qui remet à l’endroit les éléments structurant le récit, la narration, le compte rendu, la restitution ou la mise en perspective).

Très tôt entré dans le journalisme, Kader Diop a évolué à tous les postes : de reporter à Grand reporter. Il a commencé à exercer à Radio Sénégal où il a côtoyé les grandes voix radiophoniques d’alors, puis a tâté le sport avant de bifurquer vers l’Agence de presse sénégalais (APS), rejoignant ainsi les grandes plumes qui allaient plus tard imprégner les médias de leurs talents purs. Kader vivait de sa profession et rechignait à s’afficher sous les lambris dorés des grands salons dakarois qu’affectionnaient certains journalistes endimanchés.

Lui adorait le terrain, le contact, le vécu et les chiffres qu’il soumettait à rude épreuve avant de les publier. Il se méfiait des emportements politiques parce que nombre des acteurs des quatre dernières décennies ont fait leurs armes sous ses yeux. Il les connaissait pour mieux les situer sur l’échiquier et leur degré d’engagement n’échappait pas à sa vigilance de Sioux quand se produisaient des retournements de conjoncture.

En vérité, Kader était un journaliste chevronné, désabusé, doté d’une culture socio-politique profonde qui l’avantageait dans son commerce avec les hommes. Le soir de l’élection présidentielle de 2000, il nous appela, Tidiane Sy (EJICOM) et moi pour fixer la stratégie de couverture. A 19 h, aucune tendance ne se dégage mais il s’affala sur sa chaise pour nous apostropher : Diouf battu dans son bureau, voilà l’information. Et à trois, après accord tacite, il balance l’info en P1 (urgence) au siège de l’AFP à Paris. Reprise mondiale de la nouvelle : lui reste imperturbable.

Tidiane et moi, retenons de cette séquence une grande leçon modestie, d’humilité et d’effacement. C’était ça Kader Diop qui a eu à partager son expérience avec les jeunes journalistes en formation. A eux d’assurer la relève avec en bandoulière les principes de vie et de comportement du maître. E-Media très peiné et affecté s’associe à la douleur qui frappe la presse et présente ses condoléances à la famille de Grand Kader…

(Par Mamadou Ndiaye, emedia)

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